Paroles d’experts autour des vins de Bourgogne

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VINS

Pour ces trois spécialistes anglo-saxons, les bourgognes sont des vins à part, fruits d’une région qui a su garder son âme.

Propos recueillis par Laure Gasparotto Publié le 14 septembre 2018 à 17h58 – Mis à jour le 14 septembre 2018 à 17h58

Importateur américain de vins depuis la fin des années 1970, Neal Rosenthal vit dans l’Etat de New York. Il est un des meilleurs observateurs du monde bourguignon aujourd’hui. Il a écrit « Reflections of a Wine Merchant » (non traduit en français). Kerry Madigan

« L’expression du terroir a trouvé son apogée en Bourgogne. »

« Pourquoi les vins de Bourgogne occupent-ils une place si particulière ? Après quarante ans passés comme acheteur, importateur et vendeur de vins, ma réponse est assez simple : c’est le terroir. Il n’y a aucune autre région viticole au monde qui présente une gamme de vins aussi complexe, aussi précise, aussi subtile. Le système du classement des vignobles, les petites parcelles sur les lieux-dits, une connaissance accumulée pendant quelques centaines d’années nous donnent le noyau de notre compréhension du vin. La Bourgogne est le point de référence, le Saint-Graal cherché par les idolâtres, les gens qui souhaitent entrer dans la chambre réservée pour les grands, les vins les plus prestigieux.

Quand on est au cœur de la Côte-d’Or pour faire un circuit des villages, l’ambiance est belle. Les vignobles commencent sur le plan à plat et ils montent doucement sur les petites collines. Les rues tournent hameau par hameau, les rangs des vignes sont presque toujours droits, contrôlés avec grâce. Les petits chemins sont souvent vierges de voitures, ne traîne qu’un tracteur de-ci de-là, l’atmosphère est calme… Nous sommes dans une église en plein air.

Le terroir, ce concept mal compris, se montre ici clairement. À chaque pas, la terre se révèle : sa robe change petit à petit, sans arrêt, de rouge à brun, à jaune, à gris, à blanc… ; la composition du sous-sol, quelquefois sableux, puis brusquement graveleux, rempli de cailloux de toutes tailles : gros, petits, trapus, tranches fines. Voilà, devant nous, le dilemme : on essaie de contrôler les conditions, on croit que tout est possible mais, à la fin de la journée, nous subissons la force, la persistance des éléments loin de notre compréhension. Le résultat : un respect pour les vins, pour les hommes et les femmes qui travaillent en partenariat avec cet endroit royal et privilégié.

L’expression du terroir a trouvé son apogée en Bourgogne. Les vins s’expriment avec une complexité rare et profonde. En plus, et c’est pour moi d’une importance capitale, tout est fait sur un terrain de jeu à taille humaine. La plupart des vignobles restent dans les mains des vrais vignerons, ceux qui travaillent avec leurs mains dans la terre. Cependant, je note que nous entrons dans une époque dangereuse pour la Bourgogne avec une forte hausse de valeur des vignobles, l’arrivée de nouveaux propriétaires qui n’ont pas l’âme et les habitudes des vignerons traditionnels. Il faut faire attention car, en un clin d’œil, tout peut changer. »

Laure Gasparotto

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